LAVENTURE
CARTOGRAPHIQUE.

Jean Lefort. Belin-Pour la science. Août 2004. 319 pages. 34 euros. ISBN
2-84245-069-8.
Pour l'enfant, amoureux de cartes et
d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! Que le monde est grand à la clarté des lampes !
Charles Baudelaire.
Laventure cartographique de Jean Lefort montre à
lévidence que les progrès décisifs de lhumanité se moquent des frontières
disciplinaires et sont le fruit dune longue patience.
Ptolémée savait déterminer la latitude dun lieu au début du second
siècle de notre ère. Pour le calcul simple et précis des longitudes, il fallut attendre
seize siècles supplémentaires et John Harrison, charpentier horloger amateur de
génie, et son chronomètre de marine. Le temps et lespace ont partie liée[1] ! Au vingtième siècle, les signaux
radioélectriques, puis les satellites artificiels ont permis de gagner en précision,
puis de déterminer les coordonnées dun point du globe avec une précision
considérable, par simple lecture (GPS).
Ptolémée a posé les bases de la cartographie scientifique en imaginant
les premières projections coniques : passer de la sphère au plan nest
pas une mince affaire. Elle suppose des
calculs délicats que Ptolémée a mis au point. Les coordonnées des multiples lieux
quil indique dans les huit tomes de sa Géographie ont permis, au Moyen Âge, de reconstituer des
cartes, somme toutes honorables. Ptolémée a calculé ces coordonnées à partir des
indications des voyageurs et des explorateurs qui sillonnaient le monde connu
dalors. Avec les inévitables approximations et erreurs. Scientifiques et voyageurs
sont indissociables dans la conquête du monde.
Au Moyen âge, la science se développe dans lempire arabo-musulman
où lon traduit les ouvrages grecs : on sen inspire pour décrire le
monde. Les échanges entre civilisations arabe et occidentale[2], les invasions et occupations
réciproques améliorent la connaissance globale de la terre. Aucune civilisation
nest assez grande pour demeurer seule.
Puis vient lépoque des navigateurs et des grandes découvertes. Le
recherche de routes maritimes nouvelles (contournement de lAfrique ou recherche
dune voie vers louest) conduit à une puissante émulation entre les savants
de tous les pays et à des progrès décisifs. Les cartes se font de plus en plus
précises au cours du seizième siècle, permettant de nouvelles découvertes et donc de
nouveaux progrès cartographiques
Gerardus Mercator invente une projection où les
trajets à cap constants sont représentés par des droites. Améliorée et
généralisée, elle est toujours utilisée pour les cartes du monde.
Peu à peu, les féroces compétitions entre nations pour la maîtrise des
terres et des océans cèdent le pas à la coopération internationale pour unifier les
références et cartographier avec précision des terres de plus en plus lointaines. De
gigantesques travaux de triangulation sont entrepris. La forme ellipsoïdale, puis
géoïdale de la terre est reconnue. Le lien avec la tectonique des plaques est établi.
Suit la cartographie des astres
Laventure continue.
Les lecteurs scientifiques trouveront dans ce livre les définitions, les
schémas, les analyses des problèmes (et des solutions) qui ont captivé savants,
navigateurs, commerçants, politiques, théologiens et philosophes. Ils admireront les
mille trouvailles techniques qui, associées à de puissants concepts et à des
mathématiques profondes et souvent astucieuses ont créé les conditions du progrès[3].
Les amateurs dhistoire, de géographie et daventures pourront suivre
les étonnants voyageurs qui ont tracé, au péril de leur vie, des routes nouvelles et
apporté aux cartographes les informations indispensables à létablissement de
cartes plus précises. Pour les conduire plus loin encore, avec une meilleure sécurité.
Mais ce livre est avant tout une invitation au rêve et à la beauté. Splendeur
des cartes anciennes ou récentes (lédition est très soignée), esthétique des
instruments de navigation, subtilité des raisonnements, démesure des entreprises de
triangulation, lhumanité est décidément admirable quand elle invente et repousse
indéfiniment les limites
G. Kuntz
[1] Le précédent livre de Jean Lefort, la saga
des calendriers ou le frisson millénaire, portait sur leffort de maîtrise du
temps
[2]
Les fragments de copie des travaux de Ptolémée nous sont parvenus par
lintermédiaire du monde arabe.
[3] Dinnombrables thèmes de TPE sont esquissés dans
le livre. Des thèmes passionnants où les mathématiques tiennent une place importante.

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