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Fétu

Contact (rédacteur en chef de la revue RLJ)

 

 



 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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bull.gif (875 octets) Rosa Solivel

Rosa Solivel prit conscience de son destin de nouvelliste en soufflant la petite mousse stagnant au fond de son verre de cerveza alors qu'elle attend sur la terrasse de ce Charlot (petit café sis sur la côte méditerranée hémi-septentrionale pour l'Espagne en plein coeur de Torrevieja à 40 km au sud d'Alicante) un jeune homme français qu'elle prit d'abord pour un anglais à cause de son langage des yeux ses taches de rousseur et le décharné du cou bien qu'elle lui ait donné  rendez-vous à 4 km d'ici en boîte de nuit elle espère toujours qu'il viendra afin qu'elle puisse savourer de voir son long visage maigre se transfigurer soumis aux forces centrifuges de son désir dépassant toute mesure alors elle sentira un frisson la chair de poule la recouvrira de pied en cape non à cause de lui mais elle aura simplement attendu trop longtemps et le froid sera venu ainsi que la nuit le vent sifflant les appels de ses amis à venir les rejoindre à l'intérieur du Charlot elle sera donc nouvelliste de préférence des nouvelles courtes telle celle qu'elle a daigné m'envoyer tout en ne connaissant rien de cette revue mais ne pouvant rien refuser à celui qu'elle fit si voluptueusement souffrir.

Fétu

Note du traducteur

Il est important que je précise que la nouvelle qui va suivre est la traduction du texte anglais intitulé wisp lui-même traduction du texte original intitulé COMINO signifiant en espagnol cumin mais usuellement employé dans l'expression  No valer un comino dont une traduction pourrait être  Ne pas valoir tripette.

Malgré le tamisage du texte par deux langues successives, j'espère avoir préservé le caractère à la fois mystérieux et loufoque de l'atmosphère première.

La nouvelle qui va suivre (Fétu) est parue également dans la revue Nouvelles nuits N° 6 Mai 1992. Alain Larroche.

Fétu

J'admets que Lim a dépassé les bornes :
la greffe n'a que trop duré.

Je me sépare d'elle, abandonne tous nos points communs dénués de sens et me réapproprie les autres.

Cette décision saugrenue c'est imposée à moi lors de la projection d'un documentaire où nous marchions ensemble, paisiblement, dans la rue, mais on ne voit qu'elle.

En sortant de la salle je prends le bus pour rentrer et en finir. Faute de place assise je décide de rester debout pendant tout le trajet même si des places se libèrent par la suite.

A la vue de mon grand front ruisselant une dame âgée me propose sa place, que je refuse, non par politesse, mais pour ne pas perdre le fil de ma pensée.

Celle-ci tourne autour de la manière de ma débarrasser de Lim Nully, lorsque je m'aperçois que je viens de dépasser l'arrêt où je devais descendre.

Cette journée qui a décidément mal commencé pour moi,  je m'arrangerai pour qu'elle se termine très mal pour une autre.

Le couloir étroit qui mène à notre appartement du cinquième étage est froid, sombre et nu, bref, plutôt désagréable et plus encore ce soir du fait de la présence d’objets insolites : statuettes irracées traîneaux ours en peluche avalanche de jeux de cartes. La porte de notre logis (cave serait mieux approprié s’il n’était en hauteur) est ouverte. Peu de chose suffirait pour que je suffoque : ce peu se présente sous la forme d’un couple de quinquagénaires solidement installés en tailleur au beau milieu de notre unique pièce. A mon arrivée feutrée, le couple débat (se bat presque) pour savoir quel sera leur premier arrêt après leur départ à destination du désert X. J’appelle ce désert X car, étranglé d’inquiétude, je ne parviens pas à saisir son nom. Les deux voyageurs du désert, indifférents à mon intrusion, me tournent le dos puis, les ayant secoués par les épaules, s’ébrouent et s’éclipsent. Inutile de leur demander ce qu’ils faisaient ici : c’est un coup de Lim.
A croire que son cerveau est une usine à fabriquer des incongruités.

J’entends un petit grésillement : elle se trouve de toute évidence dans la kitchenette en train de sécher ses cheveux. Tous ces riens m’ont coupé l’appétit. Je me dirige vers le guéridon sur lequel est posée la cuvette au-dessus de laquelle je me lave les dents. Je commence à me les frotter lentement, puis, le grésillement ayant cessé, je me rince avec force glouglous d’eau afin de couvrir par avance sa voix qui menace de fondre.
S’apercevant de mon manège elle s’approche à quelques centimètres de mon visage et me déverse des seaux d’insignifiances dans les oreilles.
Elle est pratiquement nue ; seul un tutu, ocre, lui ceint les reins.
Je pose la brosse et, aveuglé par l’ocre du tutu, je sens un œil, puis l’autre, percé d’infimes étoiles. Ce petit malaise oculaire dissipé, je retrouve une acuité visuelle accrue, unique, confirmant que nous avions toujours vécu oreilles et yeux couverts d’une taie massive, chambouleuse de finesse.

Elle ne me voit pas.

Elle m’entend, bien que je ne dise rien. Elle savoure ma présence en attente de notre entente. Par un tour pendable digne d’un clown, elle prépare, elle affûte son refus, installée dans la jubilation de mes prochaines douleurs.

Sa présence ou la simple évocation de sa présence constitue ma souffrance. Souffrance primordiale en provenance de nulle part. Souffrance intime à l’écoute de l’extérieur.

--- Je descends acheter du soufre et je reviens tout de suite.

Je lui réponds par un hochement de tête et un raclement de gorge. Si aucun contre-temps ne se produit, dans 5 minutes, elle est de retour. Je décide de m’allonger dans l’espoir de m’assoupir et de l’oublier. Les remous de la journée ainsi que le silence de l‘immeuble dépeuplé puisque sans Lim, exercent leur effet anesthésiant : mes paupières s’alourdissent indubitablement.

Mes tympans sont déchirés par un cri fracassant la ruelle.

Je jette mes yeux par le soupirail.

Sous un angle hautement aigu, se présente l’inimaginable : plaisir équivoque de voir ses désirs les plus secrets se réaliser ! Une voiture plutôt féroce vient de terrasser le corps de Lim qui gémit, cabossé.
Je descends 4 à 4 les marches de l’escalier, colimaçon enchanté, lui fonce dessus et la roue de coups. Déjà salement amochée par suite du petit incident routier, elle succombe sans réticence à mes assauts. Je la traîne par les pieds jusqu’au colimaçon et la grimpe tant bien que mal, sa tête martelant chaque marche. Arrivés chez nous il ne me reste plus qu’à la mettre en pièces.
Ce travail qui m’incombe est le plus facile mais le plus long.

Après un labeur acharné d’une durée indéterminée j’entends des coups feutrés contre la porte entrebâillée.

Des policiers, sans doute alertés par des quidams aux yeux rougis, entrent prudemment et s’approche de ma pitoyable carcasse.

Un mélange de curiosité et de dédain convulse le visage de l’inspecteur.

Il semble me prendre pour un fossile, animal des premières origines aux pratiques ancestrales depuis longtemps révolues.

Le déchiffrement obstinés des membres et organes épars d’une Lim désormais mise à mal, me condamne à cette conclusion : ce corps en miette n’est autre que le mien.

Nul remords, nul regret, mon double mort, je suis fétu.

 

 

 

 

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