Fétu |
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chef de la revue RLJ)
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Rosa Solivel prit conscience de son destin de nouvelliste en soufflant la petite mousse stagnant au fond de son verre de cerveza alors qu'elle attend sur la terrasse de ce Charlot (petit café sis sur la côte méditerranée hémi-septentrionale pour l'Espagne en plein coeur de Torrevieja à 40 km au sud d'Alicante) un jeune homme français qu'elle prit d'abord pour un anglais à cause de son langage des yeux ses taches de rousseur et le décharné du cou bien qu'elle lui ait donné rendez-vous à 4 km d'ici en boîte de nuit elle espère toujours qu'il viendra afin qu'elle puisse savourer de voir son long visage maigre se transfigurer soumis aux forces centrifuges de son désir dépassant toute mesure alors elle sentira un frisson la chair de poule la recouvrira de pied en cape non à cause de lui mais elle aura simplement attendu trop longtemps et le froid sera venu ainsi que la nuit le vent sifflant les appels de ses amis à venir les rejoindre à l'intérieur du Charlot elle sera donc nouvelliste de préférence des nouvelles courtes telle celle qu'elle a daigné m'envoyer tout en ne connaissant rien de cette revue mais ne pouvant rien refuser à celui qu'elle fit si voluptueusement souffrir. Fétu Note du traducteur Il est important que je précise que la nouvelle qui va suivre est la traduction du texte anglais intitulé wisp lui-même traduction du texte original intitulé COMINO signifiant en espagnol cumin mais usuellement employé dans l'expression No valer un comino dont une traduction pourrait être Ne pas valoir tripette. Malgré le tamisage du texte par deux langues successives, j'espère avoir préservé le caractère à la fois mystérieux et loufoque de l'atmosphère première. La nouvelle qui va suivre (Fétu) est parue également dans la revue Nouvelles nuits N° 6 Mai 1992. Alain Larroche. Fétu J'admets que Lim
a dépassé les bornes : Je me sépare d'elle, abandonne tous nos points communs dénués de sens et me réapproprie les autres. Cette décision saugrenue c'est imposée à moi lors de la projection d'un documentaire où nous marchions ensemble, paisiblement, dans la rue, mais on ne voit qu'elle. En sortant de la salle je prends le bus pour rentrer et en finir. Faute de place assise je décide de rester debout pendant tout le trajet même si des places se libèrent par la suite. A la vue de mon grand front ruisselant une dame âgée me propose sa place, que je refuse, non par politesse, mais pour ne pas perdre le fil de ma pensée. Celle-ci tourne autour de la manière de ma débarrasser de Lim Nully, lorsque je m'aperçois que je viens de dépasser l'arrêt où je devais descendre. Cette journée qui a décidément mal commencé pour moi, je m'arrangerai pour qu'elle se termine très mal pour une autre. Le couloir
étroit qui mène à notre appartement du cinquième étage est froid, sombre et nu, bref,
plutôt désagréable et plus encore ce soir du fait de la présence dobjets
insolites : statuettes irracées traîneaux ours en peluche avalanche de jeux de
cartes. La porte de notre logis (cave serait mieux approprié sil nétait en
hauteur) est ouverte. Peu de chose suffirait pour que je suffoque : ce peu se
présente sous la forme dun couple de quinquagénaires solidement installés en
tailleur au beau milieu de notre unique pièce. A mon arrivée feutrée, le couple débat
(se bat presque) pour savoir quel sera leur premier arrêt après leur départ à
destination du désert X. Jappelle ce désert X car, étranglé dinquiétude,
je ne parviens pas à saisir son nom. Les deux voyageurs du désert, indifférents à mon
intrusion, me tournent le dos puis, les ayant secoués par les épaules, sébrouent
et séclipsent. Inutile de leur demander ce quils faisaient ici :
cest un coup de Lim. Jentends
un petit grésillement : elle se trouve de toute évidence dans la kitchenette en
train de sécher ses cheveux. Tous ces riens mont coupé lappétit. Je me
dirige vers le guéridon sur lequel est posée la cuvette au-dessus de laquelle je me lave
les dents. Je commence à me les frotter lentement, puis, le grésillement ayant cessé,
je me rince avec force glouglous deau afin de couvrir par avance sa voix qui menace
de fondre. Elle ne me voit pas. Elle mentend, bien que je ne dise rien. Elle savoure ma présence en attente de notre entente. Par un tour pendable digne dun clown, elle prépare, elle affûte son refus, installée dans la jubilation de mes prochaines douleurs. Sa présence ou la simple évocation de sa présence constitue ma souffrance. Souffrance primordiale en provenance de nulle part. Souffrance intime à lécoute de lextérieur. --- Je descends acheter du soufre et je reviens tout de suite. Je lui réponds par un hochement de tête et un raclement de gorge. Si aucun contre-temps ne se produit, dans 5 minutes, elle est de retour. Je décide de mallonger dans lespoir de massoupir et de loublier. Les remous de la journée ainsi que le silence de limmeuble dépeuplé puisque sans Lim, exercent leur effet anesthésiant : mes paupières salourdissent indubitablement. Mes tympans sont déchirés par un cri fracassant la ruelle. Je jette mes yeux par le soupirail. Sous un angle
hautement aigu, se présente linimaginable : plaisir équivoque de voir ses
désirs les plus secrets se réaliser ! Une voiture plutôt féroce vient de
terrasser le corps de Lim qui gémit, cabossé. Après un labeur acharné dune durée indéterminée jentends des coups feutrés contre la porte entrebâillée. Des policiers, sans doute alertés par des quidams aux yeux rougis, entrent prudemment et sapproche de ma pitoyable carcasse. Un mélange de curiosité et de dédain convulse le visage de linspecteur. Il semble me prendre pour un fossile, animal des premières origines aux pratiques ancestrales depuis longtemps révolues. Le déchiffrement obstinés des membres et organes épars dune Lim désormais mise à mal, me condamne à cette conclusion : ce corps en miette nest autre que le mien. Nul remords, nul regret, mon double mort, je suis fétu.
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